Qui sommes-nous ?

La Société des réalisateurs de films est une association de cinéastes fondée le 14 juin 1968, se donnant pour mission de "défendre les libertés artistiques, morales et les intérêts professionnels et économiques de la création cinématographique et de participer à l'élaboration de nouvelles structures du cinéma."

 

Présidée cette année par Yann Gonzalez,  Céline Sciamma et Rebecca Zlotowski et comptant près de 280 adhérents, la SRF défend le point de vue de tous les cinéastes - qu’ils réalisent de la fiction, du documentaire ou de l’animation, du court et/ou du long métrage.

Elle promeut la diversité de la création cinématographique dans une économie où la recherche d’un équilibre entre les forces du marché, l’action de l’État et les intérêts des créateurs est un combat permanent.

De l’écriture du scénario à la diffusion des films en salles, du droit d’auteur à la chronologie des médias, de la numérisation des œuvres à l’évolution du paysage audiovisuel français, du droit social au droit de l’Homme… l’auteur est au centre de toutes les questions que le cinéma pose. Au fil des années, la Société des réalisateurs de films a ainsi acquis une réelle expertise du secteur. Véritable « maison des cinéastes », elle participe à l’ensemble des négociations et réflexions professionnelles, pour y promouvoir le rôle central du réalisateur dans le processus de création.

La SRF détient la coprésidence du BLOC (Bureau de Liaison des Organisations du Cinéma)  et du ROC (Regroupement des Organisations du Court métrage).

La SRF a également contribué à la création
-de l'Agence du Court Métrage en 1983,

-de l'ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) en 1991,
-du BLAC (Bureau de liaison de l’action culturelle cinématographique) en 2006

-du ROD (Réseau des Organisations du Documentaire) en 2007. 

La SRF est membre de la FERA (Fédération européenne des réalisateurs de l’audiovisuel) et
de la Coalition française pour la diversité culturelle et de l'Observatoire de la liberté de création de la Ligue des Droits de l'Homme
.

La SRF propose régulièrement des événements ouverts à ses adhérents et des moments de rencontres : Écoles de la SRF, réunions professionnelles ouvertes, Festival du court métrage de Clermont-Ferrand et les deux festivals qu'elle a créé : la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes et le Festival du cinéma de Brive, Rencontres internationales du moyen métrage.

50 ans d'histoire de la SRF

L'éviction d'Henri Langlois de la tête de la Cinémathèque Française, puis sa réintégration triomphale grâce au soutien des cinéastes, l'interruption du Festival de Cannes en 1968, suivie bientôt d'États Généraux du Cinéma qui se tinrent à Suresnes, sont les étapes marquantes qui amenèrent la création de la Société des Réalisateurs de Films par des cinéastes tels que Jacques Rivette, Robert Bresson, Costa-Gavras... et à l'invention, en 1969, de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes.

Née un jour de colère, la SRF reste aujourd'hui fidèle à sa vocation première. Consciente d'inscrire son action dans une tradition prestigieuse qui a toujours rassemblé les cinéastes français pour la défense de leur art, elle n'a jamais cessé de confirmer sa représentativité.

 

La SRF de 1968 à 1979

Le vendredi 9 février 1968, le remplacement d’Henri Langlois à la tête de la Cinémathèque française, provoque un tollé et la mobilisation d’une partie du monde du cinéma contre le pouvoir gaulliste. Cette contestation se prolonge, quelques mois plus tard, avec l’interruption du Festival de Cannes en mai 68, et l’organisation des Etats Généraux du Cinéma à Suresnes.

C’est dans ce contexte d’agitation et de réflexion que des cinéastes fondent, le 14 juin 1968, la Société des Réalisateurs de films, association loi 1901 ayant pour objectif de « grouper les réalisateurs de cinéma, afin de défendre les liberté artistiques, morales et professionnelles » de la création cinématographique.

Les réalisateurs fondateurs de la SRF s’appellent : Pierre Kast, Jacques Doniol-Valcroze, Robert Enrico, Robert Bresson, Costa-Gavras, Claude Lelouch, Jacques Rozier, René Allio, Philippe de Broca, Jacques Rivette, Jacques Deray, Louis Malle, Luc Moullet, Marcel Carné, Claude Berri, Jean-Louis Comolli, Jean-Daniel Pollet...

En août 1968, lors de la publication du premier « Programme d’action immédiate » de la SRF, l’association compte 155 adhérents, et reflète toute la diversité des sensibilités esthétiques du cinéma français.

« Divertissement, culture et création vont de pair, au sein du cinéma, comme au sein de tous les arts. Penser qu’il y a deux cinémas, c’est renoncer à un cinéma vivant, comme activité du groupe social qui le fait, mais encore davantage comme moment essentiel de la vie collective. Car la culture n’est pas seulement ce qui aide l’homme à digérer le passé, dans un loisir dilettante, qu’il resterait d’ailleurs à faire partager à tous ; elle est aussi ce avec quoi il se retourne vers le monde pour le changer en se changeant lui-même. » (Programme d’action immédiate de la SRF, août 1968)

Défense du réalisateur ; défense du cinéma et de sa diversité ; lutte contre des phénomènes de concentration déjà à l’œuvre et contre toute forme de monopole ; réflexion sur l’accès du public à la diversité des œuvres ; solidarité avec les cinéastes victimes de censure, en France et à l’étranger ; dénonciation de la loi de 1975 sur la pornographie ; présence dans les toutes les commissions du CNC (notamment l’agrément) et les instances sociales ; discussions ininterrompues avec les pouvoirs publics, les institutions et les autres organisations, création de la « Quinzaine des réalisateurs » (en 1969) et de « Perspectives du cinéma français » (en 1974) : la SRF sera, à partir de cette date, sur tous les fronts.

 

La SRF dans les années 80

La SRF acquiert dans les années 80 une véritable dimension internationale et multiplie les contacts avec ses homologues étrangers. Les cinéastes se rencontrent et se fédèrent dans un grand mouvement de solidarité, au niveau européen comme au niveau mondial.

C’est ainsi que la FERA  (Federation of European Film Directors) voit le jour aux Rencontres cinématographiques de Saint-Etienne de 1979. La FERA est créée afin de favoriser les échanges entre réalisateurs européens et d’agir pour le droit d’auteur. Dans la « Charte de Delphes » publiée en 1988, les réalisateurs prônent la diversité culturelle en Europe et clament le « droit pour chacun d’enrichir sa personnalité par des émotions, des expériences vécues et partagées et par la connaissance ; le droit pour le public de choisir librement ; le droit pour les créateurs de s’exprimer librement. »

Des Assemblées mondiales de réalisateurs sont également convoquées. L’Assemblée de Madère, en octobre 1983, réunit 152 réalisateurs venus de 46 pays, afin de défendre les productions nationales contre le cinéma américain dominant, la liberté d’expression des artistes et lutter contre la standardisation des œuvres, induite par les phénomènes de concentration de la production et de la distribution.

A cette époque, les réalisateurs de la SRF instituent un rendez-vous mensuel avec le directeur du CNC. Les grands combats de la SRF sur son propre sol sont : la sauvegarde de l’Avance sur recettes et l’amélioration du statut d’auteur-réalisateur. Les réalisateurs demandent à bénéficier des mêmes droits moraux et financiers que les autres créateurs artistiques, notamment d’une rémunération proportionnelle à l’exploitation de leurs œuvres, prise à la source ; ils demandent également une meilleure protection et conservation de leurs œuvres. Une nouvelle loi sur le droit d’auteur audiovisuel est votée le 3 juillet 1985. Elle comporte de nombreuses avancées : l’élargissement du statut d’auteur à l’ensemble des réalisateurs de l’audiovisuel ; la rémunération due pour chaque mode d’exploitation ; l’obligation de transparence des producteurs sur les recettes ; le droit de préemption du réalisateur sur son œuvre en cas de faillite du producteur ; l’établissement de standard de conservation ; la création de la rémunération pour copie privée, etc.

Les années 1980 sont également marquées par la création d’une Agence du court métrage, sur impulsion des cinéastes de la SRF, et par l’arrivée de nouvelles problématiques liées à la diffusion télévisuelle des œuvres (la SRF est alors farouchement opposée à l’idée d’une interruption publicitaire de leur diffusion).

 

La SRF dans les années 90

Le début des années 90 est marqué par la lutte pour l’exception culturelle. Les réalisateurs sont les premiers à se mobiliser au Parlement européen pour exclure le cinéma et l’audio-visuel des accords de libre échange du GATT. Ils finiront par obtenir victoire en 1994. En 1998, la forte mobilisation des organisations indépendantes du cinéma contre l’Accord Multilatéral Investissement (AMI) est également un succès : elle préserve l’audiovisuel d’un démantèlement des politiques nationales de soutien à la création, et de l’accès des majors américaines au Fonds de soutien hexagonal.

Les réalisateurs portent, dans le cadre de la FERA (Federation of European Film Directors), de nombreuses propositions pour construire un système de soutien au cinéma européen, alors en grande difficulté. Ils proposent d’harmoniser les réglementations européennes ; de créer des Centres du cinéma dans chaque pays, ainsi qu’un Centre européen du Cinéma ; d’établir des obligations d’investissement et des quotas européens pour les télévisions, etc. Les réalisateurs rêvent d’une Europe qui serait avant tout celle de la Culture. 

C’est dans ce contexte que la SRF et d’autres organisations du cinéma français se fédèrent autour de la notion d’indépendance. Après la création de l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) en 1992 – avec pour mot d’ordre le verbe « résister » –,  des Assises du cinéma indépendant sont convoquées en 1995 et 1996, et donneront naissance au BLOC (Bureau de Liaison des Organisations du Cinéma) en 1998. Le BLOC réunit les réalisateurs, les auteurs, les producteurs, les distributeurs, les artistes-interprètes, les exploitants et les techniciens. Il s’agit de « faire bloc » pour défendre les indépendants, contre les logiques industrielles et mondialisées, garantir la liberté d’expression artistique, l’indépendance de la production et de la distribution et la pluralité de l’exploitation.

« Préserver la pluralité des œuvres, des styles, des tendances, n’est qu’une façon de reconnaître la diversité de l’humain. A l’adjudant qui ne "veut voir qu’une seule tête", répond l’exigence, pour chaque individu, d’être différent et d’avoir le droit de vivre. Les œuvres ont le droit de vivre. » (Combien de divisions ?, publication de la SRF à l’occasion de ses 25 ans, 1993)

Mais le combat des cinéastes ne se limite pas à la politique culturelle. Ils sont également engagés sur les questions sociales et politiques françaises. C’est ainsi que la SRF milite à la fin de la décennie pour la régularisation des sans-papiers. Elle lance une pétition, qui recueille des milliers de signataires, et réalise un film, « Nous, sans-papiers de France », qui est projeté en avant-séance de tous les films français sélectionnés au Festival de Cannes en 1997, et dans des centaines de salles.

 

La SRF dans les années 2000

Au début des années 2000, le cinéma français se porte bien, et les chiffres en salles sont bons. La SRF continue toutefois d’alerter sur les processus de concentration, avec notamment la fusion de Gaumont et Pathé, l’arrivée des multiplexes et de la carte illimitée UGC. Le premier accord entre le monde du cinéma et Canal+ est signé le 13 décembre 2000. Un protocole avec France Télévisions suivra en 2003. Les années 2000 sont également marquées par le développement d’internet et de son corollaire, le piratage, et des premières discussions pour endiguer le téléchargement illicite et protéger la rémunération des créateurs et des ayants droits.

Malgré une très forte mobilisation des professionnels pour sauvegarder leur régime spécifique d’indemnisation du chômage, le Medef et la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC signent en juin 2003, au sein de l’Unédic,  un protocole d’accord modifiant les règles d’indemnisation des intermittents (507 heures de travail en dix mois et demi pour les artistes, en dix mois pour les techniciens, au lieu d’un an, ouvrant droit à une indemnisation de huit mois au lieu de douze). Un comité de suivi sur l’intermittence est mis en place, réunissant des parlementaires, la coordination des intermittents, la CGT et des organisations professionnelles du spectacle, dont la SRF. Les intermittents développent une expertise très fine de leurs conditions de travail et sont porteurs de propositions concrètes, pour un système plus juste, plus redistributif et sans surcoût. Leur combat durera 13 ans… jusqu’à la signature de l’accord de 2016.

Le « Club des 13 », un groupe de réflexion de 13 personnalités du cinéma français, se forme en 2008, à l'initiative de la réalisatrice Pascale Ferran, suite à son discours retentissant aux César de 2007. Ce groupe rédige un rapport, intitulé Le milieu n'est plus un pont mais une faille, qui dénonce les difficultés croissantes de financement et de distribution des films dits « du milieu ». Une concertation est mise en place pour débattre des propositions du « Club des 13 ». Ces discussions amènent notamment à la mise en place de l’Aide à la conception pour les auteurs et au renforcement du soutien automatique au producteur délégué et de l’Avance sur recettes (qui seront mis en place en 2011). De son côté, le ROD (Réseau des Organisations du Documentaire), qui réunit producteurs, réalisateurs et auteurs de documentaires travaille avec le CNC au lancement d’un nouveau dispositif de soutien, appelé « Aide au développement renforcé ».

Les années 2000 sont également créatives pour la SRF qui invente le « Carrosse d’or » en 2002 et les Rencontres du moyen métrage de Brive en 2004.

 

La SRF dans les années 2010

Les discussions sur la convention collective de la production cinématographique marquent le début des années 2010. La SRF n’est pas un syndicat et ne participe pas directement aux négociations, mais les réalisateurs suivent de très prés les discussions. L’enjeu est, tout d’abord, la définition d’un salaire minimum pour le réalisateur (alors inexistant) et la définition de ses fonctions. Mais les débats se cristallisent bientôt sur les impacts qu’aura la nouvelle convention collective du cinéma sur la diversité de la création, avec une difficulté pour les films les moins bien financés de pouvoir respecter des exigences conventionnelles très ambitieuses. Ce sujet divise les cinéastes. L’Assemblée générale du 15 juin 2013 est marquée par un nombre d’adhésions sans précédent (345 cinéastes sont présents ce jour-là) et un renouvellement total du conseil d’administration de la SRF. Un système dérogatoire transitoire sera finalement mis en place pour les films les moins bien financés.

Des « Assises pour la diversité du cinéma » sont convoquées au CNC en 2014. Les discussions sur la convention collective, ainsi qu’une tribune très virulente de Vincent Maraval sur les salaires pharamineux des acteurs français, ont ré-ouvert le débat sur le financement des films. L’objectif de ces « Assises » est d’établir des propositions pour mieux financer et exposer le cinéma d’auteur dans toute sa diversité. Des groupes de travail, associant notamment toute une nouvelle génération de jeunes cinéastes, sont mis en place à la SRF.

Les cinéastes sont plus que jamais engagés dans la société. « L’Appel de Calais » est lancé en octobre 2015, afin d’alerter l’opinion publique des épouvantables conditions de vie réservées aux migrants et aux réfugiés de la jungle de Calais. Le violent démantèlement de la « jungle » en 2016 amènera les signataires de cet appel à conclure à une douloureuse « défaite ».

Au moment de l’éclatement de l’Affaire Weinstein en 2017, la SRF s’engage à œuvrer pour une révolution des rapports hiérarchiques dans l’industrie du cinéma :

« Nous vivons les symptômes d’un écosystème encore trop inégalitaire, fortement hiérarchisé, qui concerne l’industrie toute entière. Abus de pouvoir, centralisation du pouvoir dans les mains des mêmes, dérives sexuelles s'appuyant sur la part affective à l'œuvre dans le processus de fabrication des films, font de l'industrie du cinéma, qui est loin d'être la seule concernée, une vitrine éloquente de ces abus. La bataille culturelle qui s'annonce ne s'arrêtera pas à quelques têtes qui tombent (…). Elle se mènera sur le terrain de la redéfinition des postes de pouvoir, leur redistribution, leur diversification. Un vent de changement est en train de souffler, c'est notre responsabilité collective d'y prendre part. »

En 2018, la SRF est représentative de toute la diversité et de toutes les générations du cinéma français. Son conseil d’administration est entièrement paritaire. La SRF a inventé la Cinetek (une plateforme VOD de films de patrimoine entièrement programmée par des cinéastes) et a remporté le concours « Réinventer Paris », pour la création d’un nouveau cinéma dans le XIème arrondissement de Paris.